La douleur est une sensation anormale et désagréable faisant suite à un traumatisme ou une maladie, notamment certaines maladies chroniques, comme l’arthrose, certains cancers…

Le chien, tout comme l’Homme, éprouve de la douleur. Les causes, les mécanismes et le ressenti de celle-ci sont comparables chez ces 2 espèces. Les manifestations de la douleur sont en revanche différentes : elles sont notamment souvent moins marquées et peu caractéristiques chez le chien, ce qui a longtemps fait penser que l’animal souffrait moins ou supportait mieux la douleur, et celle-ci a en conséquence été insuffisamment prise en considération.

Aujourd’hui, la prise en compte de la douleur chez l’animal de compagnie est une attente sociétale et est devenue une préoccupation majeure en pratique vétérinaire. L’approche idéale consiste à prévenir la douleur chaque fois que possible (par exemple, lors d’une intervention vétérinaire connue pour être douloureuse). Lorsque la douleur est déjà établie, sa prise en charge est importante pour soulager l’animal, mais aussi parce qu’une douleur persistante a des répercussions physiologiques et peut également influer sur le comportement et les processus de guérison.

 

Quelles sont les manifestations de la douleur chez le chien ?

La prise en charge appropriée de la douleur implique en premier lieu de savoir la reconnaître, mais aussi d’évaluer son niveau, ce qui n’est pas toujours simple.

Les manifestations de la douleur chez le chien sont variées, mais parfois discrètes, notamment chez les chiens adultes, et plus encore chez ceux de grandes races. Des manifestations de plusieurs types peuvent être associées.

Léchage, mordillement, frottement ou grattage intensif d’une région du corps

Par exemple :

– le chien peut se lécher ou mordiller la patte suite à la pénétration d’un épillet à travers la peau entre les doigts des pattes, ou la région endolorie suite à une piqûre d’insecte. Le léchage peut aussi intervenir lors de lésions plus profondes (lésions ostéo-articulaires). Ces comportements peuvent être associés à des plaintes, gémissements…

– il peut se frotter de manière frénétique la région oculaire (avec une patte ou sur un support tel que le sol), lors d’affection oculaire douloureuse (glaucome, uvéite…) ; cette manifestation peut être associée à un œil fermé ;

– lors d’otite, la douleur peut conduire le chien à se gratter l’oreille, mais également à secouer la tête, la garder penchée sur le côté, émettre des plaintes…

Ces manifestations peuvent conduire à aggraver des lésions ou à des automutilations lors de douleur intense et/ou persistante.

Manifestations vocales

Des plaintes, des gémissements et des cris peuvent être occasionnellement associés à la douleur chez le chien et sont très évocateurs. Ils sont toutefois peu fréquents, en particulier chez le chien adulte. Ce type d’expression est plus courant lors de douleur aiguë et vive, par exemple juste après un traumatisme (fracture, épillet dans l’oreille…) ou si la douleur est exacerbée (lors d’un mouvement, d’une palpation ou manipulation d’une région affectée…).

Postures inhabituelles

Le chien peut adopter des postures inhabituelles qui permettent de limiter la douleur : boiterie voire refus de poser une patte pour soulager le membre lors de fracture, d’arthrose…, position caractéristique dite du prieur ou en sphinx lors de douleurs abdominales marquées, dos rond et tête basse lors de douleurs dorsales (par exemple associées à certaines hernies discales)…

Modifications du comportement

Elles peuvent être soudaines (suite par exemple à un traumatisme), ou progressives, notamment lors d’affection chronique : chien léthargique, « triste », qui rechigne à se déplacer ou refuse d’aller se promener ; ne cherche plus les contacts et peut devenir agressif lorsqu’on le manipule ou au contraire sollicite l’attention plus qu’à l’habitude, se montre hyperactif ; troubles de l’appétit, arrêt du toilettage…

L’observation de tels signes doit conduire à une consultation auprès d’un vétérinaire. Celui-ci sera en mesure de confirmer s’il s’agit de l’expression d’une douleur, mais aussi d’évaluer son niveau, en fonction des manifestations qu’il observe ou rapportées par le propriétaire et de la cause sous-jacente.

 

Que peut-on faire lors de douleur chez le chien ?

Il convient en premier lieu d’éviter au maximum (ponctuellement ou au quotidien) les manipulations et activités susceptibles de provoquer ou d’intensifier la douleur du chien : par exemple, déplacer un chien ayant subi un traumatisme avec précaution pour l’emmener chez le vétérinaire, adapter au quotidien les activités d’un chien souffrant d’arthrose (exercices réguliers, mais de faible intensité et de durée appropriée)…

 

Lorsqu’un chien qui a des signes évocateurs d’une douleur est présenté en consultation, le vétérinaire recherchera l’origine de celle-ci, si elle n’est pas connue. Ainsi, il pourra éventuellement réaliser un traitement de la cause (stabilisation d’une fracture, retrait d’un épillet, traitement chirurgical de certains cas d’arthrose…), ce qui permet de supprimer plus ou moins rapidement la douleur.

Il mettra également en place des mesures afin de contrôler la douleur, le temps qu’elle rétrocède grâce à la prise en charge spécifique de la cause, et/ou si cette prise en charge nécessite une intervention elle-même douloureuse, ou si la cause ne peut être supprimée (par exemple lors de maladies chroniques : certains cancers, arthroses…).

Les méthodes et protocoles disponibles et applicables chez le chien sont de plus en plus nombreux et peuvent être combinés.

– Les traitements antalgiques médicaux : anti-inflammatoires, analgésiques morphiniques… Les protocoles sont établis au cas par cas (choix de la molécule, de la voie et de la fréquence d’administration…) en fonction du niveau de la douleur (légère, modérée ou sévère), de caractéristiques liées au chien telles que son âge ou son état général…

L’automédication est à éviter car le traitement risque de ne pas être adapté et peut masquer un problème grave en atténuant la douleur. Une aggravation est alors possible si la consultation est retardée.

– La physiothérapie : électrothérapie, thermothérapie, laser thérapeutique, hydrothérapie… Ces méthodes de prise en charge de la douleur sont en plein essors ; des approches variées sont envisageables, là encore au cas par cas car leur intérêt varie selon la cause de la douleur et de son intensité.

– L’hygiène de vie au quotidien : par exemple, des mesures alimentaires peuvent être utiles pour le contrôle de douleurs chroniques, l’administration de compléments alimentaires pouvant ainsi ralentir l’évolution de l’arthrose ; lors d’arthrose, des exercices réguliers permettent au chien d’entretenir sa masse musculaire.

En plus du contrôle de la douleur proprement dit, il est important de veiller au confort de vie de l’animal lors de douleurs chroniques. Cela consiste notamment :

– à faciliter ses activités au quotidien : aider par exemple l’animal à rester propre si celui-ci ne peut plus se toiletter, urine sur son couchage en raison de difficultés à se déplacer… ; regrouper ses activités (repos, alimentation…) au même étage du domicile pour lui éviter d’avoir à gravir des escaliers… ;

– et à ne pas le négliger (caresses, promenades…), même s’il ne manifeste plus les mêmes marques d’attachement qu’avant la maladie et que la prise en charge sur le long terme est parfois fastidieuse.